La Première Guerre mondiale au Congo belge (1914–1918)
Neutre, la Belgique entendait ne pas porter la guerre en Afrique. Mais les troupes coloniales allemandes attaquent les premières en août 1914. La Force publique, à peine 18 000 hommes pour un territoire grand comme cinq fois la France, va défendre ses frontières puis conquérir, en 1916, la ville de Tabora au cœur de l’Afrique orientale allemande.
Une neutralité impossible à tenir
Fidèle au mot d’ordre de neutralité, le gouvernement belge recommande aux autorités coloniales une attitude défensive (30 juillet 1914). Mais ce sont les troupes coloniales allemandes qui agressent les premières : le 15 août 1914, elles attaquent le village de Mokolobu, au sud d’Uvira, sur le lac Tanganyika, puis le poste de Lukuga le 22 août. La guerre est imposée au Congo.
La Force publique sur tous les fronts
La Force publique compte environ 18 000 hommes — « ridiculement peu » pour un territoire équivalant à cinq fois la France. Pendant deux ans, elle renforce les frontières de l’Est et répond aux attaques des askaris allemands. Elle aide les Anglais en Rhodésie (Saisi, juillet 1915) et met un détachement à disposition des Français pour la campagne du Cameroun (remontée de la Sangha, prise de Yaoundé) — un jeune officier de réserve y participe : Pierre Rijckmans, futur gouverneur général.
La bataille du lac Tanganyika
Les Allemands contrôlent le lac Tanganyika avec le Graf von Götzen et le Hedwig von Wissmann. La Belgique constitue une flottille (le Vengeur, le torpilleur Netta, le Kingani capturé et rebaptisé Fifi). Le Hedwig von Wissmann est détruit le 9 février 1916 ; pour venir à bout du Graf von Götzen, on amène en mai 1916 quatre hydravions Short pilotés par des équipages belges. Le 10 juin 1916, l’hydravion de Behaege et Collignon réduit le navire au silence : le lac passe sous contrôle allié.
La campagne de Tabora (1916)
Au printemps 1916, une armée congolaise de 10 000 hommes, organisée en brigades, reçoit l’ordre d’attaquer. La brigade nord (colonel Molitor) et la brigade sud (lieutenant-colonel Olsen) avancent en Afrique orientale allemande : Kigali est pris le 6 mai, puis Usumbura et Kitega en juin, Kigoma en juillet. La marche converge vers Tabora, métropole commerciale de l’Est africain allemand. Après des combats acharnés (Kato, Lulanguru, Itaga), les deux brigades congolaises investissent Tabora le 19 septembre 1916 — huit jours après le début des combats, avant même l’arrivée des Anglais. En moins de six mois, un territoire de quatre millions d’habitants, cinq fois grand comme la Belgique, a été conquis.
Le tribut des porteurs
Engagée très loin de ses bases, la Force publique est approvisionnée par un grand nombre de porteurs, qui paient « un très lourd tribut à la guerre ». C’est la même Force publique, que Anglais et Américains critiquaient quelques années plus tôt, qui démontre discipline, courage et savoir-faire pendant toute la campagne.
Le lien avec Isangi
La Province Orientale — dont relève Isangi — fournit la brigade nord (régiments et bataillons 8 à 13) commandée par le colonel Molitor puis le général Molitor. La guerre se déroule surtout aux frontières Est, loin du fleuve, mais elle mobilise l’ensemble du territoire et ses hommes.
Sources
- André-Bernard Ergo, Congo belge 1914-1918 (document complet)
- Congo belge en image (photos d’archive)
- Wikipédia (campagne d’Afrique de l’Est, bataille de Tabora)