D’où viennent les Lokele ? La légende de Ndiya et la migration vers le fleuve
Une certitude partagée : l’origine septentrionale
La réponse tient en un mot : du Nord. Les traditions lokele — rejointes par celles des Olombo, des Mongando, des Mobango et des Foma — sont unanimes. Toutes situent la terre d’origine entre la rivière Aruwimi et l’Uélé, au nord de l’actuelle Yangambi. Cette terre porte un nom : Atatso, que d’autres sources appellent Isiko — un pays où les forgerons étaient si nombreux que tout bourdonnait de leurs cliquetis.
La légende de Ndiya
Excédé par le bruit perpétuel des forges, Ndiya — génie aquatique occupant la grande mare d’Atatso — châtia les hommes en provoquant un éboulement. Plusieurs familles furent exterminées. Les survivants s’enfuirent vers le Sud, en groupes dirigés chacun par un chef : certains demeurèrent en forêt, d’autres poussèrent jusqu’au fleuve, en suivant des itinéraires différents.
Ce que disent les historiens
- Van der Kerken : du XIIe au XVIIIe siècle, des peuples soudanais et nilotiques repoussèrent vers le sud les Bantous établis entre le lac Tchad et l’océan Indien.
- A. de Calonne-Beaufaict : une suite de vagues (Bangba Moyo, Ngombe, Azandé, Ababua).
- A. Gevaert : les Mongando, Olombo, Lokele et Foma relèvent de la troisième vague bantoue venue du Nord.
- A. Moeller : des vagues « originaires de la rive droite de l’Itimbiri et de la haute Likati » ; il considère les Lokele comme des Olombo (Turumbu) et Topoke adaptés à la vie sur l’eau.
Une prudence nécessaire
La monographie elle-même appelle à la prudence : détails « parfois discordants », « chronologie sujette à caution ». Ce qui reste solide, c’est l’origine septentrionale, confirmée par la convergence de toutes les traditions orales.
De la fuite à l’identité
Le récit d’origine ne raconte pas seulement un déplacement : chassés d’une terre de forges par un génie des eaux, les ancêtres trouvèrent au bord du fleuve leur véritable patrie. Les « gens du fleuve » ne sont pas nés sur l’eau — ils y sont arrivés, avant d’en faire leur champ, leur garde-manger et leur mémoire.