John Carrington

Personne — Missionnaire baptiste, linguiste, expert du langage tambouriné

Le missionnaire qui apprit à parler avec les tambours

« Carrington était le premier Européen à apprendre une langue de tambour. Il parlait si couramment le lokele qu’un Africain dit de lui : « Il n’est pas vraiment Européen. » »

Wikipédia, John F. Carrington

Fiche d’identité

  • Naissance : 21 mars 1914, Rushden (Northamptonshire, Angleterre)
  • Mort : 24 décembre 1985, Salisbury (Angleterre)
  • Fonction : missionnaire baptiste (Baptist Missionary Society)
  • Période au Congo : 1938 – 1977
  • Postes : école de Yakusu ; Institut Grenfell de Yalemba ; Université nationale de Kisangani
  • Distinction : médaille d’or de la Royal African Society (1968) ; Chevalier de l’Ordre national du Léopard

Un Anglais chez les Lokele

Fils d’un instituteur, John F. Carrington naît en 1914 dans le Northamptonshire. Brillant étudiant en botanique, il se sent appelé à la mission et rejoint la Baptist Missionary Society. En 1938, il débarque à Yakusu, sur le fleuve Congo, pour diriger l’école primaire des garçons. C’est là, très vite, que sa vie bascule.

La révélation du tambour

À son arrivée, il est frappé par un mystère : sans téléphone ni télégraphe, tout le monde savait exactement quand il allait arriver dans un village. La réponse lui est donnée par un maître tambourinaire tatoué, Lifindiki Tuaytolo (« le Forgeron Querelleur ») : les Lokele communiquaient par tambours à fente.

Le tambour du matin à Yakusu battait : « Lavez-vous les pieds, lavez-vous les jambes, lavez-vous le visage, lavez ! » — et Carrington décida d’apprendre cette langue.

Le premier Européen à parler tambour

Carrington devient le premier Européen à maîtriser une langue de tambour. Le principe : le tambour à fente imite les tons de la langue kele (haut/bas). Pour lever l’ambiguïté des homonymes, les batteurs utilisent des métaphores poétiques.

Il parlait si couramment le lokele que les villageois le croyaient un Noir réincarné dans un corps blanc — et quand il se trompait en jouant, ils accusaient son éducation blanche.

Un chercheur et un gardien de mémoire

  • 1943–1947 : publie ses études savantes sur la structure tonale du kele et le langage tambouriné (African Studies, Université de Londres).
  • 1947 : doctorat de l’Université de Londres — « A comparative study of some Central African gong languages ».
  • 1949 : publie « The Talking Drums of Africa », l’ouvrage de référence sur les tambours parlants.
  • Il documente les phrases stéréotypées : pour dire « lune », on bat « La lune qui regarde en bas » ; pour les bananes, « Les bananes qui doivent être étayées quand elles sont mûres ».
  • En 1954, Time Magazine consacre un article à ses recherches ; en 1968, la Royal African Society lui décerne sa médaille d’or.

Le déclin d’un art

À Yalemba, Carrington constate que sur 200 garçons de l’école, seuls 20 savent encore jouer du tambour. Les jeunes lui disent : « Nous voulons lire et écrire » — et rient du tambour. Dès les années 1940, il alerte : il faut encourager la population à conserver cette forme de communication unique. Aujourd’hui, la langue tambourinée kele a pratiquement disparu, mais l’œuvre de Carrington reste la référence absolue sur le sujet.

Ce qu’il a laissé

Carrington a aussi supervisé la traduction du Nouveau Testament en lokele et participé à la traduction de l’Ancien Testament en lingala. National Geographic le décrivait comme « une légende vivante parmi les Lokele ». Il meurt le 24 décembre 1985, laissant l’un des témoignages les plus précieux sur le génie technique du peuple Lokele.


Sources

  1. Monographie d’Isangi, chapitre IV (4.3)
  2. Lokele.pdf — University of Missouri (DICE), études de Carrington (1943, 1944, 1947)
  3. Carrington, John F., The Talking Drums of Africa, 1949
  4. Wikipédia — John F. Carrington ; Time Magazine, « Drumming Baptist », 1954 ; Baptist Quarterly